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1er dimanche de l'Avent

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 21, 25...36

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse dans la débauche, l'ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste. Comme un filet, il s'abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l'homme. »

Nouvelle homélie : L’idolâtrie du succès
Christine Fontaine

Devant le Fils de l’Homme
Michel Jondot

L'attente du jour
Christine Fontaine


L’idolâtrie du succès

L’idéologie du succès

« Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde… » Jésus parlait alors de sa venue à la fin des temps. Mais il n’y a pas à attendre cette fin pour constater que l’humanité meurt de peur dans la crainte de malheurs qui pourraient survenir. Si le présent n’est pas assuré pour tous, l’avenir ne l’est pour personne. Les uns n’ont pas de travail, de logement ou d’argent pour finir le mois dès maintenant mais les autres n’ont pas l’assurance absolue de ne pas tomber dans la misère demain. Les uns sont aujourd’hui dans l’échec et souvent dans la révolte ou le ressentiment à moins d’être écrasé par la honte de n’avoir pas réussi. Les autres sont dans la poursuite d’une réussite économique et sociale sans limite dont ils se grisent pour échapper à la peur d’avoir à mourir un jour. Malheur de ce monde où certains vivent dans la peur, la révolte, la honte devant l’échec alors que d’autres tentent de se laisser griser par leur succès sans jamais y parvenir totalement.

Dietrich Bonhoeffer, un théologien protestant qui vivait dans l’Allemagne nazie, connaissait le ressentiment et la honte de son peuple d’avoir perdu la guerre en 1918. Il savait la misère dans laquelle les vainqueurs écrasaient les allemands sous des dommages de guerre qui les affamaient. Dans ce contexte, il décrit un immense malheur qui est en train de s’abattre sur le monde. Ce malheur il l’appelle « l’idolâtrie du succès ». Il écrit : « Il suffit que la figure du vainqueur s’impose visiblement avec un éclat particulier pour que les masses succombent à l’idolâtrie du succès. Elles deviennent aveugles au juste et à l’injuste, à la vérité et au mensonge, à la bienséance et à la vilenie… Le succès devient le bien tout court. Attitude qui n’est authentique et pardonnable que dans un état d’ivresse. Une fois qu’on est dégrisé, on ne s’y maintient qu’au prix d’une profonde fausseté intérieure, en se mentant délibérément à soi-même. »

Contre toute idolâtrie

« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie… », dit Jésus. « Tenez-vous sur vos gardes pour ne jamais céder à l’idolâtrie du succès ! » Cette idolâtrie ne touche pas seulement ceux qui vont de succès en succès mais aussi ceux qui vont d’échec en échec. Et pour nous en protéger, « Jésus parlait de sa venue » à la fin du monde. Autrement dit, il y aura bien un jour où le Fils de l’Homme régnera sur la terre. Un jour auquel il faut tendre sans relâche. Mais, nous dit Jésus, ne croyez surtout pas ceux qui prétendent que grâce à eux ce jour va arriver dès maintenant.

Est-ce à dire que pour ne pas sombrer dans l’idolâtrie du succès nous ayons à sombrer dans le culte de l’échec ? La foi serait alors cet opium du peuple tant dénoncé, une sorte d’état d’ivresse ou d’ivrognerie permettant de supporter n’importe quelle injustice sur cette terre dans l’attente d’une récompense dans le ciel. « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse … dans l’ivrognerie », dit Jésus. Il s’agit pour lui de nous prémunir autant de l’idolâtrie du succès que de celle de l’échec.

« Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l’homme », précise-t-il. Prier c’est faire appel à Dieu, l’Autre de ce monde, pour nous faire échapper à toute idolâtrie dans ce monde. Prier c’est croire que Dieu peut nous permettre – dès cette terre – de ne pas être dupe de nos succès ni écrasés par nos échecs. Prier Dieu c’est le reconnaître comme notre seul maître et ne pas nous laisser duper par les seigneurs de la terre. C’est refuser de suivre ces prétendus seigneurs qui – sous prétexte de nous mener au succès – nous font devenir « aveugles au juste et à l’injuste, à la vérité et au mensonge, à la bienséance et à la vilenie… »

Vivre heureux dès aujourd’hui

« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans… les soucis de la vie… » Jésus désire nous dégager des soucis de la vie afin que nous puissions vivre heureux dès aujourd’hui. Il désire bien plus que nous que nous réussissions notre vie. Mais qu’est-ce qui peut réellement faire notre bonheur ? Faut-il toujours passer par un cataclysme, une sorte de fin du monde, pour en prendre conscience… ?

Etty Hillesum était juive. Elle vivait à la même époque que Bonhoeffer. Son peuple connaissait une terreur absolue, pire que la fin du monde. Elle écrit : « La somme de souffrance humaine qui s’est présentée à nos yeux durant les six derniers mois et continue à s’y présenter chaque jour dépasse largement la dose assimilable par un individu durant la même période. » Elle ajoute par ailleurs : « J’ai en moi une immense confiance. Non pas la certitude de voir la vie extérieure tourner bien pour moi, mais celle de continuer à accepter la vie et à la trouver bonne, même dans les pires moments.(…) Je trouve la vie belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme. »

Faudra-t-il que nous passions encore par de tels cataclysmes pour que nous comprenions le danger d’idolâtrer un prétendu succès qui mène le monde à sa perte ? Puissions-nous apprendre dès maintenant à vivre tendus vers le seul Seigneur qui puisse nous rendre libres ! Puissions-nous ne jamais suivre d’autre Maître que Lui !

Christine Fontaine


Devant le Fils de l’Homme

Devant le Fils de l’Homme

Vous connaissez-sans doute St Jean Bosco : un prêtre italien qui s’est intéressé aux jeunes délinquants de Turin, au 19ème siècle. Educateur exceptionnel, il fonda une congrégation (les Salésiens) chargée de la formation des jeunes en bien des points du monde ; il fut canonisé au début du 20ème siècle.

Amené à venir à Paris pour des rencontres importantes, trop pauvre pour payer une chambre d’hôtel, il frappa à la porte de la Paroisse de la Madeleine. On accueillit sans grand enthousiasme ce prêtre étranger aux allures particulièrement modestes. Quelques années après sa mort, lorsque s’ouvrit son procès de canonisation on vint interroger, à la Madeleine, les prêtres survivants ayant participé à son accueil. L’un d’eux, un peu confus, dit aux enquêteurs : « En le regardant, on n’a pas vu qu’il s’agissait d’un saint et on lui a offert une chambre de bonne, sous les combles. Si on avait décelé de quel genre de personne il s’agissait on l’aurait logé, pour l’honorer, dans la chambre réservée aux évêques ! »

Il faut du temps pour se connaître

Il est bien vrai qu’il ne suffit pas de rencontrer une personne, de croiser son regard, d’échanger quelques propos avec lui, pour découvrir à qui on a vraiment affaire. Entre le moment où l’on se rencontre et celui où l’on découvre qui l’on est, s’opère tout un travail intérieur où notre regard se convertit. Il faut du temps pour se connaître.

Jésus le savait bien. Au bout de plusieurs années de prédication, personne n’avait vraiment perçu qu’il était l’envoyé du Père. Il était sur cette fameuse esplanade du Temple dont parle l’actualité la plus brûlante. Le peuple était venu à lui. On aimait écouter ce fils d’un charpentier et on espérait le voir guérir les malades qu’il rencontrait. Il était séduisant. Trop séduisant : il faisait de l’ombre aux notabilités de l’époque, scribes ou Pharisiens. On le voyait, on l’entendait, on le suivait mais on ne le connaissait pas.

Il faudra du temps pour le connaître : c’est ce qu’il tente de faire comprendre à ses disciples. On l’interroge sur la fin des temps. Il répond en se servant d’un genre littéraire bien connu, celui des Apocalypses : les éléments du cosmos, des signes dans le ciel, le fracas de la mer sont utilisés pour dire l’inénarrable. A la fin des temps « on verra venir le Fils de l’homme dans la nuée avec grande puissance et grande gloire ». « On verra ! » C’est un futur. Mais à l’instant où il parle, il est bien ce Fils de L’Homme venu avec un amour d’une puissance telle qu’il va donner sa vie et se dépouiller sur la Croix. Le temps dont il parle est celui où les yeux des disciples reconnaîtront qui Il est en vérité, où leur cœur sera bousculé et qu’ils diront, en le voyant « Mon Seigneur et mon Dieu ! » La résurrection n’est pas seulement un événement qui arrive à Jésus ; elle est aussi l’événement qui nous arrive quand notre cœur devient capable de le reconnaître là où il se manifeste aujourd’hui. En ce sens, la fin des temps sera toujours aujourd’hui.

Au cœur de chaque rencontre humaine

« Vous verrez le Fils de l’homme », « Paraître debout devant le Fils de l’Homme » ! « Fils de l’Homme » : l’expression est mystérieuse et belle.

Empruntée au Prophète Daniel, elle dit la Majesté du Messie attendu, sa divinité. Mais en même temps, elle dit la condition de chaque personne humaine. Quel homme ou quelle femme n’a pas un homme pour père ? Si bien qu’en invitant à la vigilance, Jésus laisse entendre que chacun de nous, que chaque personne rencontrée est au lieu même où, si l’on sait discerner, se manifeste la majesté de Dieu. Et pour connaître chacun, il convient de faire attention, de ne pas se laisser prendre par l’impression d’un premier regard. « Tenez-vous sur vos gardes de crainte que votre cœur s’alourdisse. » Si le désir qui habite chacun voit dans autrui un moyen de se servir de lui pour s’enrichir ou accroître son pouvoir, si la rencontre de l’autre éveille la concupiscence, pour parler dans le style des Apocalypse, le ciel risque de lui tomber sur la tête Soyons sur nos gardes, il est une façon de vivre à inventer qui permet, comme l’affirme Jésus, de se « tenir debout devant le Fils de l’Homme » chaque fois que nous sommes devant une personne humaine. « Je suis doux et humble de cœur », disait Jésus. Prenez garde que votre cœur s’alourdisse et n’ayons pas peur, lorsqu’il faut porter secours à quelqu’un de l’héberger dans la chambre que vous réserveriez à l’évêque si vous aviez à l’accueillir !

Noël. Jour de fête et de joie. La joie chrétienne est souvent altérée par la société de consommation. Ne nous y laissons pas prendre. Sauvons le message de ce jour. Nous croyons que Dieu s’est lié à l’humanité d’une manière telle que, si nous nous convertissons, nous le reconnaissons au cœur de chaque rencontre humaine. « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur ! »

Michel Jondot

L'attente du jour

Une société de l'immédiat

Quand on peut éviter d’attendre, on n’hésite pas à le faire. L’attente nous paraît inutile, c’est du temps perdu. Notre société se structure pour éliminer l’attente.

Nous sommes à l’époque de la vitesse et de l’immédiat. Le bien est toujours d’aller vite ! On essaye de supprimer la distance et l’éloignement : les moyens de transport les meilleurs sont les plus rapides ; on veut savoir dans l’heure même ce qui se passe d’un bout à l’autre du monde ; on veut, tout de suite, et dans tous les domaines.

Notre société est celle de l’immédiat. Mais, peut-être, est-ce aussi sa limite car à force de ne plus savoir attendre, on ne sait plus vivre. Dès que s’annoncent des signes précurseurs d’un avenir inconnu, on est pris par la peur et l’angoisse. On ne supporte pas l’inconnu ou le délai.

Il y aura des signes dans le ciel, la lune et les étoiles…. Et devant ces signes des hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde. Ces hommes dont parle Jésus sont un peu semblables à nous. Pour eux, les signes d’un changement de temps – des signes qui, en eux-mêmes ne sont pas l’annonce d’un mal, mais d’un avenir différent qui s’ouvre – ces signes sont forcément présages de malheur.

L'angoisse de l'avenir

Des hommes mourront de peur avant même savoir ce qui va arriver. Ils meurent parce qu’ils craignent ce qui va arriver. Ils meurent de peur qu’il arrive quelque chose de mauvais. Ils meurent sans attendre. Pour eux, le malheur n’est pas ce qui peut advenir ; le malheur, c’est qu’il y ait de l’avenir, de l’inconnu qui s’annonce. Des hommes préfèrent la mort à l’attente.

Les uns mourront dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde…mais d’autres se redresseront et relèveront la tête car c’est le signe que leur rédemption est proche.

Ce qui fait sécher de frayeur peut aussi faire vibrer de désir. Les mêmes signes mettent certains hommes dans une angoisse mortelle et ouvrent un désir immense pour les autres. Pour ceux-ci, l’attente est heureuse. La vie et la joie se dessinent par-delà les présages de mort. Ils voient l’avenir qui s’ouvre. L’attente est prometteuse : elle porte les semences d’une vie nouvelle, celle de Dieu. Ils sont éveillés, attentifs, en attente comme l’amoureux qui espère la venue de celle qu’il aime. Ils font confiance en l’avenir qui s’ouvre. Ils espèrent

Le Dieu de l'attente

Nul, jamais, ne pourra échapper à l’attente sans échapper en même temps au bonheur et à la vie Ce discours de la fin des temps a été prononcé il y a deux mille ans par Jésus Il y a deux mille ans, Jésus…Dieu donné aux hommes, Dieu avec les hommes – Emmanuel, comme nous le disons à Noël – Jésus, qui veut le bonheur des hommes, est venu à tout jamais creuser l’attente. Depuis deux mille ans et pour la suite des temps, notre Dieu est un Dieu qui se donne et en même temps se fait attendre

Voilà Jésus, ce jour-là, au milieu de ses disciples, proche d’eux ; et ses amis suspendus à ses lèvres. Jésus est présent… et il se donne à attendre. Celui qui est présent est encore à venir. Il se laisse désirer : il reviendra. Jésus ne se laisse pas tenir dans l’immédiat ou le définitif. Il invite ses amis à ne pas s’en tenir à l’immédiat : « Tenez-vous sur vos gardes de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les soucis du monde présent. » Jésus creuse un écart. Il transforme l’attente en promesse de vie. Il invite à l’espérance.

Le chrétien, à la suite de Jésus, est invité à transformer l’attente en espérance de vie et non en présage de mort et de malheur. Le chrétien est invité à affirmer même quand tout s’écroule qu’il y a encore à attendre. Espérer, ce n’est pas éviter la mort ou prétendre y échapper. Espérer, c’est maintenir l’attente là même où l’on croit que tout est fini.

Christine Fontaine