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Noël

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 2, 1-14

En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre — ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l'ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »

Nouvelle homélie : Ouvrir les yeux
Michel Jondot

La joie des pauvres
Christine Fontaine

Dans les environs se tenaient des bergers
Michel Jondot


Ouvrir les yeux

La marche dans la nuit

La tristesse recouvre notre société comme d’un manteau de deuil aux couleurs de la nuit.

Un grand désarroi s’exprime dans notre société. Les partis politiques sont remplis de doléances de toutes sortes, les foules hurlent leurs mécontentements, les suicides se multiplient dans le monde du travail comme dans le monde agricole. Quelques familles chrétiennes sont désorientées : leurs enfants se convertissent à l’islam et rejoignent des combats dont les enjeux heurtent le bon sens. Des hommes, des femmes, des enfants n’ont plus d’abri et des écarts immenses se creusent entre les hommes. Les baptisés eux-mêmes n’ont parfois plus confiance en leurs pasteurs. La planète se pulvérise : les diverses espèces de vivants disparaissent, les glaciers fondent et les fleuves engloutissent des cités. La violence est grande en de nombreux pays. Où va l’univers ? L’humanité s’enfonce dans le noir.

« Un peuple marchait dans les ténèbres », le Prophète Isaïe nous le rappelle aujourd’hui.

Un couple avançait dans la nuit, en Judée, sous le règne de l’Empereur Auguste. A l’heure la plus sombre, loin de la ville, caché dans une étable, à l’abri des regards, s’est produit un fait qui n’avait rien de spectaculaire et qui pourtant, deux millénaires après, réveille un peu en nos cœurs, lors d’une fête comme celle-ci, un certain goût pour la vie. Quelques dizaines d’années plus tard, Luc évoque une situation dont il n’avait pas été témoin mais dont il a saisi le sens et que nous venons de lire. Certes, il n’occulte pas la dimension très modeste de l’événement. Le cadre est misérable : « une mangeoire » pour animaux à côté d’une auberge dans laquelle ils n’ont pas pu rentrer. Il y avait du monde, tout près d’eux : l’auberge était remplie de voyageurs mais personne ne s’est aperçu de cette naissance insolite. Il y avait quelques bergers dans les champs d’alentour : on méprisait ces gens-là, ces brigands dont on se gardait. Eux seuls sont venus voir.

Une seconde annonciation

Saint Luc a su merveilleusement trouver les mots pour décrire le mystère de Noël. Une vie surgit dans les ténèbres. C’est le prélude d’un autre surgissement lorsqu’une trentaine d’années plus tard, un corps jaillira vivant hors de la nuit du tombeau. Pour Luc, l’épisode de Bethléem éclaire la vie, éclaire l’histoire. Ce bébé qui ne parle pas encore est la Parole de Dieu adressée au monde. Elle chante le secret de la vie humaine inséparable du mystère de Dieu. Les ténèbres cachent une lumière. Dieu n’est pas dans les hauteurs contrairement à l’Empereur Auguste qui envoie ses ordres à un univers qu’il prétend soumettre. Dieu est avec nous : Emmanuel. Le ciel et la terre ne sont pas séparés : « Une troupe céleste innombrable louait Dieu en disant Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre. »

On ne souligne pas assez, quand on lit ce texte, le souci de Luc de corréler deux situations. Au moment de cette naissance que nous célébrons aujourd’hui, il nous est dit que « l’ange, se présenta devant des bergers… Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : Ne craignez pas… » Ces paroles sont l’écho de celles qui furent prononcées neuf mois plus tôt, à Nazareth : « L’ange entra… Elle fut saisie de crainte et l’Ange lui dit : sois sans crainte. » On parle d’Annonce faite à Marie. Noël est une seconde annonciation faite à l’humanité en la personne des bergers. L’Emmanuel est présent dans les entrailles de la terre comme il le fut dans le corps d’une jeune juive de Galilée.

Ouvrons les yeux

Il est vrai que l’énoncé de ce mystère frappe aussi peu nos esprits que le chant des anges dans le ciel ne frappait les oreilles de ceux qui dormaient dans l’auberge d’à-côté, cette nuit-là, à Bethléem. Le ciel se tait et l’humanité avance dans les ténèbres. Il nous est proposé d’ouvrir les yeux de la foi pour découvrir que la lumière promise par Isaïe est bien là. Il avait été dit à Marie : « L’Esprit descendra sur toi. » L’Eglise affirme que le même Esprit nous est donné. Il est le lien qui unit Jésus au Père des Cieux ; il est l’amour. Ouvrir les yeux de la Foi c’est reconnaître que nous sommes aimés et capables d’aimer. Tel est le secret de Noël.

La tradition veut que la fête que nous célébrons s’accompagne de cadeaux. Ils disent le lien qui nous unit à nos proches et à nos amis. Les rencontres que nous vivons réveillent la joie : voyons-y un signal et un appel.

« L’amour n’est pas aimé » disait François d’Assise avec des sanglots. Il est vrai que les rivalités déchirent les peuples, les horizons sont bouchés, les écarts ne cessent de se creuser, les insatisfactions grandissent, la violence fait rage, l’avenir est sombre à en pleurer. La tristesse recouvre notre société comme d’un manteau de deuil aux couleurs de la nuit.

Pourtant la lumière est là, « cachée sous le boisseau ». Si nous ouvrions les yeux, nous réussirions à réveiller l’espérance dans le monde.

Michel Jondot


La joie des pauvres

Dieu ne fait pas la joie des pauvres !

Marie, Joseph,
un couple de pauvres en déplacement
loin de leur maison…
Voici venu le moment de la naissance,
il n’y a pas de place pour eux dans la salle commune.
Une grotte perdue dans un coin de campagne,
en ces jours froids de plein hiver :
le seul abri que Joseph ait trouvé
pour accueillir la mère et l’enfant.

Quelques bergers dans les environs
reçoivent la Bonne Nouvelle.
Des hommes du peuple, du bas peuple,
viennent rendre hommage à l’enfant.
L’enfant-Dieu naît parmi les pauvres.
Il fait leur joie :
« Gloire à Dieu aux plus haut des cieux
et paix sur la terre aux hommes qu’il aime… »
aux pauvres que Dieu aime.
C’est Noël !

Aujourd’hui,
des couples, des familles de pauvres
ne fêteront pas Noël
parce qu’il n’ont pas l’argent nécessaire pour s’offrir des cadeaux
ou pour acheter une nourriture qui sorte de l’ordinaire.
Aujourd’hui,
une foule de pauvres sentira dans sa propre chair
ce que c’est que d’être exclu de la salle commune
et exclue de la fête.
Aujourd’hui,
des détenus en prison, des enfants dans la guerre,
des hommes et des femmes sans famille, sans ami,
ressentiront comme une blessure la joie de tous les autres.
Aujourd’hui c’est Noël
Mais Dieu ne fait plus la joie des pauvres de la terre !

Dieu, la richesse des pauvres !

Marie, Joseph,
un couple de pauvres comme tant d’autres,
un couple plus riche que tout autre !
Que leur importe cette grotte inconfortable,
que leur importent le froid et la nuit,
voici qu’ils trouvent une mangeoire,
de la paille,
le bœuf et l’âne, à en croire la tradition.
Ces pauvres-là ne manquent de rien en vérité.
Ils préfèrent cette grotte à toutes les salles communes.
Ils préfèrent le silence de la nuit
au bruit des hôtes attablés.
Ils préfèrent la lumière de la lune et des étoiles
à celle des lampes blafardes.

Marie, Joseph, ont-ils conscience d’être pauvres
en cette nuit de Noël ?
L’enfant est là.
Ils rayonnent d’allégresse !
L’enfant-Dieu vient de naître !
Ils ont oublié les fatigues de la route.
Ils ont tout oublié !
Celui dont l’Ange annonçait la venue,
celui qui se formait dans le sein de Marie,
celui dont le nom signifie « Dieu sauve »
leur est donné !

Marie et Joseph possèdent la richesse même de Dieu.
Ils tiennent entre les bras le Messie
auquel le monde aspirait depuis toujours.
Ils possèdent la Vie de Dieu.
Ils sont la famille de Dieu, ses plus proches parents.
Interrogez Marie sur cette richesse incomparable
et recevez son silence
plein de bonheur, de paix et de douceur.
Dieu fait la richesse des pauvres !
Dieu est la seule richesse de Marie et de Joseph
et ils ne l’échangeraient contre aucune autre !


Soyons la richesse des pauvres !

Aujourd’hui, Dieu naît sur terre !
Nous sommes sa famille, ses plus proches parents !
C’est Noël !

Aujourd’hui, Dieu est notre seule richesse !
Aujourd’hui, Dieu prend chair, il a un corps :
Il s’incarne en nos vies
et Il nous met en marche les uns vers les autres.
Nous avons entre les mains la force même de Dieu
pour chasser tous les individualismes et les racismes,
toutes les divisions et les sectarismes.
Aujourd’hui, Dieu nous donne son Cœur pour aimer
et c’est la vie même de Dieu qui passe par nos mains
lorsque nous partageons le pain de chaque jour
avec les déshérités du monde.

C’est la force de Dieu qui passe par nos corps
lorsque nous luttons pour faire reculer la tristesse,
la morosité, la peine de nos compagnons de route.
Aujourd’hui Dieu donne à l’humanité la force d’aimer,
La force d’espérer contre toute espérance
en la victoire de l’Amour sur toutes les forces de destruction.
Aujourd’hui Dieu nous pousse à croire
que l’Amour est notre seule richesse
et qu’il n’est échangeable avec aucune autre !

C’est par nos mains que Dieu veut faire la joie
de tous les pauvres de la terre.
Il dépend de nous et de nous seuls
que, de jour en jour, la joie de Dieu rejoigne les affligés.
Aujourd’hui comme hier,
Dieu veut la joie de tous les pauvres
et c’est de nous qu’il dépend
que sa volonté soit faite !

Christine Fontaine

Dans les environs se tenaient des bergers

Des yeux pour voir

Si j’évoque le nom du peintre Van Gogh, à coup sûr toutes sortes de formes et de couleurs s’imposeront à notre esprit, depuis les pétales dorés d’un bouquet de tournesols jusqu’au bleu sombre d’un ciel tourmenté. Cet homme a modifié notre regard sur l’art et sur le monde et ses toiles ont acquis aujourd’hui un prix exorbitant. Quel contraste entre l’obscurité dans laquelle cet artiste a vécu et l’enthousiasme d’une société qui, grâce à lui, peut regarder le monde avec des yeux neufs. Quand Van Gogh est mort, il avait produit près de deux cents tableaux que très peu de personnes avaient eu l’occasion de contempler. La société de son temps « avait des yeux pour ne pas voir » ! Un brocanteur aurait pu mettre la main sur eux, ne pas percevoir leur caractère exceptionnel et s’en débarrasser sans que quiconque en soit choqué. Si le travail de Van Gogh a enrichi le patrimoine de l’humanité, ce n’est pas seulement parce que ses toiles étaient géniales ; c’est aussi parce que certaines personnes ont su les découvrir, les admirer, faire apparaître leur beauté. Ne soyons pas seulement reconnaissants à l’artiste d’avoir produit son œuvre. Rendons grâces également à ceux qui ont su en déceler la portée exceptionnelle.

Une telle expérience peut nous aider à entrer dans ce texte qui nous est familier mais qu’on n’aura jamais fini d’explorer tant il est porteur de mystère.

Aux confins de l’humanité

Un événement très obscur se produisait en un coin perdu de l’Empire romain. Un bébé voyait le jour dans un contexte qui n’avait rien de spectaculaire. Le récit qu’on nous en fait nous conduit aux confins de l’humanité. Une femme met au monde un enfant à l’écart du lieu où se réunissent hommes et femmes : « il n’y avait pas de place dans la salle commune ». Bien sûr on évoque les gestes maternels de celle qui vient d’enfanter : « Elle l’emmaillota et le coucha ». Mais comment mieux dire la situation précaire dans laquelle on se trouve qu’en précisant qu’on le dépose « dans une mangeoire » ? Voici le lieu où débute la rencontre de l’histoire entre Celui que nous reconnaissons comme « le Fils de Dieu » et la condition humaine qu’il vient assumer : à la limite qui sépare à peine la vie animale et la société des hommes.

L’événement aurait pu passer inaperçu. Il a de quoi susciter les réactions d’un monde qui dépasse la vie terrestre et déclencher les cris de joie des anges dans les hauteurs inaccessibles : « Au plus haut des cieux, une troupe céleste innombrable peut se mettre à chanter ». L’événement pourtant a failli passer inaperçu : il laisse insensible tous ces voyageurs en route vers Bethléem ; ceux-ci n’ont guère présentes à l’esprit que les consignes du gouverneur dont le nom, Quirinus, accolé à celui de l’Empereur, fait impression : « Parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… alors que Quirinus était gouverneur de Syrie ». Face à cette indifférence du monde, Luc nous invite à célébrer cette reconnaissance d’un groupe de personnages particulièrement modestes : les bergers étaient assez mal considérés dans le monde juif. Heureux les yeux de ces hommes ; ils ont arraché à l’obscurité totale cette naissance dont les chrétiens disent qu’elle bouleverse la figure de ce monde.

La parole a pris chair

En évoquant la scène de Bethléem dont il n’a pas été lui-même témoin, l’apôtre Jean dira que prenait chair la Parole qui était auprès de Dieu, qui était Dieu. Que cette expression nous aide à comprendre ce qui se passe près de la crèche ! Certes, Dieu parle à l’humanité en cette nuit de Noël. Mais il ne suffit pas qu’elle soit énoncée pour qu’une parole en soit vraiment une. Encore faut-il qu’elle soit reçue et entendue. D’une manière obscure, mais humaine pourtant, la présence des bergers permet cette jonction entre Dieu et la créature humaine à qui il s’adresse.

Cette naissance à Bethléem donnait le ton à ce que serait la vie de ce Galiléen. Devenu adulte, Il se déplacerait sur les routes de Palestine, il serait partout témoin de la tendresse du Père qui veut la vie, il parlerait pour que fût entendue la volonté, le désir, l’amour de Celui dont Il était la parole. Peine perdue, la plupart du temps : « Ils ont des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre ! ». La fin de cette vie ressemble à son commencement : sur les marges de la vie sociale, entre deux bandits. Heureusement, il y eut, là encore, des yeux pour reconnaître dans la mort sur la croix, un message venu de Dieu. Il ne s’agissait plus des bergers mais d’un étranger, un officier subalterne de l’armée occupante pour dire, en entendant son dernier cri : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! »

A la lumière de Noël

« Au commencement était la parole et la parole était auprès de Dieu. Et la parole était Dieu… Il est venu parmi les siens » Il demeure parmi les siens. Noël nous rappelle que Dieu n’est pas écarté dans des hauteurs inaccessibles. Un des mots qui disent Noël est le nom qu’on accole à celui de Jésus : « Emmanuel » qui signifie « Dieu avec nous ». Tel est le mystère de la foi : les yeux et les oreilles du croyant, le cœur et l’intelligence, nous sont donnés non seulement pour que nous fêtions une fois par an cette fête qui nous touche. La foi nous conduit à reconnaître que la lumière de Dieu luit, même si c’est dans les ténèbres parfois. Noël se vit dans la nuit mais si nous savons déceler la lumière de Dieu, le monde changera à nos yeux, l’étranger deviendra un frère, l’ennemi sera un proche, la souffrance et la mort elles-mêmes changeront de couleur : elles ouvriront à l’espérance. Dieu nous parle ; écoutons-le : le monde a besoin de notre foi pour que « la paix s’étende aux hommes qu’il aime ».

Michel Jondot

Peintures de soeur Marie-Boniface