Jean Lavoué nous a quittés en mai 2023. Il nous rejoint ici, grâce à quelques poèmes posthumes, fraîchement édités. Tout orientés à la joie, ces derniers écrits nous laissent en héritage un véritable « allegro spirituel ». Les mots enjambent, alertes, l’hiver des maladies et des doutes. Toujours, l’auteur nous invite à une paix intérieure et à une façon de porter en soi le printemps. De lumière déclinante et d’ombre vespérale, il ne saurait être trop question. L’obscur doit céder sa place, la grâce (1) déjà affleure. Et l’homme en chemin se sait nourri d’invisibles élans de joie ; il ressent, pour ainsi dire, l’unité sacrée qui le lie au chant de l’oiseau, ce petit être de plumes et de vent, qui longe le chemin et lui raconte son propre rêve, celui-là même qu’il porte en lui et que lui chuchota l’arbre, cet autre ami.
L’oiseau te met au défi d’accomplir ton rêve :
Ne plus faire qu’un avec le vent,
Les branches dénouées,
L’aigrette en sa candeur.
Ô printemps cathédrale de sève et de bourgeons,
Tu t’annonces déjà dans l’odeur des prairies,
Tu vas jusqu’à te fondre dans la beauté multiple
Qui s’ouvre à tous soleils.
Tu es fils de racines, de nuages et de ciels,
Même tes mots se poussent au jubé des saisons.
Es-tu encore celui que tu croyais hier
Ou source répandue s’accordant à ta voix ?
Le poème a trompé ta pauvre vigilance,
Il t’a conduit sans faute
Au règne de la joie.
Tu n’as d’autre secret que ce chant près des berges,
Où la vie t’initie à plus tendre que toi.
Chemins sans importance où tout instant converge
Chemins sans horizon
Que ce battement d’ailes tout au bout de ton pas.
Voici un extrait d’un autre des ultimes poèmes de Lavoué. Contre les attrape-joies, contre le dégoût de soi, contre la peur du jugement, voici ces quelques conseils d’allégresse.
De toute erreur,
Tu peux faire le tremplin
D'une liberté nouvelle.
Sois simplement léger avec toi-même !
Apprends l'humour
De ce que tu as manqué !
Contre toute terreur de toute erreur, être léger avec soi-même, comme en ses frissonnements de duvet, l’oiseau à gorge déployée, ce passereau des jardins, qui chante pour nous attendrir les cœurs et nous annoncer le printemps nouveau.
Olivier Risser (2)
1- Jean Lavoué, L’obscur et la grâce, Éditions L’enfance des arbres, 2026 / Retour au texte
2- Olivier Risser a écrit La sève et le ruisseau, un essai consacré à la poésie de Jean Lavoué, Éditions A l’ombre des mots, 2024. / Retour au texte
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