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Pentecôte


Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 15, 26-27; 16, 12-15

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d'auprès du Père, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.

J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

Tout est accompli !
Michel Jondot

Une Pentecôte aujourd’hui
Christine Fontaine

L’Esprit de vérité
Michel Jondot


Tout est accompli !

Étrange vérité !

Le monde entier est ébranlé depuis des années par des partisans d'un islam djihadistes qui, pour ne plus avoir de territoire n'en est pas moins dangereux : des attentats peuvent surgir à tout moment sur la planète. Le monde musulman est habité par la conviction qu’il a reçu de Dieu la communication définitive de la vérité sur le monde, sur l’homme et sa destinée, sur l’Au-delà. Au risque de heurter profondément la sensibilité du plus grand nombre de leurs coreligionnaires, des milliers de personnes sont persuadées qu’elles ont à communiquer cette vérité au monde, quitte à l’imposer « par le sabre » (bessif). Ne nous hâtons pas de condamner l’islam. Les chrétiens, eux aussi, ont sombré dans la même illusion. Pendant longtemps on a pensé qu’il fallait convertir le monde entier et insister, « à temps et à contretemps », pour que tous se soumettent au message de l’Évangile et à la Tradition qu’il a fait naître : « Hors de l’Église point de salut. » On a connu des périodes non moins cruelles que celles qu’on déplore en notre temps. Le souvenir des Croisés entrant à Jérusalem, voici plus de 10 siècles, demeure encore présent dans les peuples du Proche-Orient. L’Inquisition était à l’affût de toutes les idées nouvelles pour les réprimer sauvagement. Ce n’est pas seulement l’autorité ecclésiastique qu’il faut incriminer. C’est à l’intérieur du peuple de Paris qu’à la St Barthélemy 1572, catholiques et protestants se massacraient au nom de la Vérité qu’ils prétendaient sauver et imposer. La « sortie de la religion » n’a pas éteint la violence en Occident ; elle a débouché sur les graves conflits qui ont déchiré le monde au siècle dernier.

A bien y réfléchir, si l’humanité, se précipitant dans le meurtre, court à sa perte, c’est parce que l’on croit que la vérité que l’on veut défendre se tient au terme d’une histoire. « Aujourd’hui, j’ai parachevé votre religion », disait le Prophète de la Mecque. L’Occident, dit-on, « est arrivé à maturité » avec le siècle des Lumières. Soumettons-nous désormais au pouvoir de la déesse Raison. « Tout est accompli » : se réclamant des tout derniers mots entendus sur le gibet de Jésus on a cru qu’en brandissant la croix on avait le dernier mot de l’histoire. « In hoc signo, vinces : A ce signe tu vaincras ! »

Et puis après…

En réalité, la Pentecôte chrétienne permet de comprendre tout autrement ces derniers mots de Jésus avant la Résurrection. Le mot Pentecôte signifie « Cinquantième » jour. On célèbre la fête, en effet, le cinquantième jour après Pâques. Aux premières pages de la Bible, il nous est dit qu’au terme de la première semaine, Dieu avait achevé la création. En réalité pour dire le comble de l’action dont un petit groupe avait pris conscience, en découvrant la victoire imprévisible sur la mort au terme d’une semaine tragique, on place au premier jour d’une semaine de semaines (7x7=49) l’événement dont les Actes des Apôtre font le récit. Quand « tout est accompli », tout commence et la vérité est à faire.

Ayant fait l’expérience de ce jour mémorable où ils avaient pris conscience d’une force étrange qui les habitait, Jean, en rédigeant son Évangile, n’a pas manqué de se rappeler les paroles que son Maître avait prononcées au moment même où il faisait ses adieux, à l’heure où déjà virtuellement tout était accompli. Ils n’étaient pas voués à répéter seulement ce qu’ils avaient entendu. Oh Bien sûr ! Ils auront à rendre compte de ce qu’ils auront vécu : « Vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. » Là ne s’arrêtera pas leur mission ; ils ont encore beaucoup à apprendre. Quand Jésus aura dit « Tout est accompli », rien ne sera achevé : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les supporter. » L’avenir qui va s’ouvrir, par-delà sa mort et sa résurrection, ne manquera pas de les instruire. Jésus lui-même ne s’arrête pas à ce qu’il a dit. Un Autre que lui viendra, effet, et les disciples en font l’expérience en ce jour de la Pentecôte que nous célébrons : « Quand il viendra lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière. » Que s’est-il passé exactement le jour de cette fête à Jérusalem dont nous parlent les Actes des Apôtres ? Il est difficile de le dire. Reste pourtant que manifestement, les amis de Jésus sont habités par une force dont ils n’avaient pas encore l’expérience et qui donne à Pierre de prononcer des paroles enflammées. Tout est accompli puisque tout va commencer ; un chemin s’ouvre pour eux qui ne s’arrêtera jamais et qui conduit « à la vérité tout entière ».

« Vers la vérité tout entière »

Qu’est-ce donc que cette vérité dont parle Jean ? Pour trouver la réponse, il faut lire le récit de la Passion qui suit ce texte d’aujourd’hui. Il rapporte cette réaction de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » La réponse de Jésus se laisse deviner dans la suite du récit. Malgré les coups reçus, il tourne son visage – la Sainte Face – vers une foule hystérique (Ecce homo). Le chemin qui le conduit lui-même vers la vérité tout entière, est celui qui débouche au Calvaire où « tout sera accompli ». Alors il saura faire face encore à la haine de ceux qui lui crachent au visage et il dira « Père pardonne-leur ».

La vérité est cette force qui nous permet de nous tourner vers autrui et de prendre le chemin pour lui faire face et arriver à ce que nous entendions. Les événements du monde que nous traversons aujourd’hui pourraient nous décourager. A la place de l’angoisse devenons des artisans de paix. Dans notre pays, face aux discours qui appellent à la fermeté contre les étrangers ou à la méfiance à l’égard des musulmans, résistons à la tentation du désespoir. Non la mort n’aura pas le dernier mot. On trouve dans le Cantique des Cantiques cette conviction que la Résurrection a confirmée : « Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour ni les fleuves le submerger. » Laissons-nous prendre aux forces de l’Esprit ; résistons à la violence qui souffle en tempête sur le monde ; faisons face !

Pourquoi parler d’Esprit en désignant cette force ? L’amour - un amour héroïque souvent – peut habiter les incroyants. Certes, mais quand cette force nous habite nous reconnaissons le don du Père. Il nous habite comme il a habité ce Jésus qui est venu parmi nous et qui demeure entre nous lorsque nous nous aimons.

Michel Jondot


Une Pentecôte aujourd’hui

L’Esprit de vérité en christianisme

« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi vous rendrez témoignage… »
« Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière… »

Par trois fois dans cet évangile le mot « vérité » est accolé à celui d’Esprit-Saint. Ceux qui croient que Dieu est Père, sont dans la vérité toute entière. Seuls ceux qui croient que Jésus-Christ est Fils de Dieu, qu’il a été crucifié, qu’il est mort et ressuscité sont dans la vérité de l’Esprit. Les autres – tous les autres – sont dans l’erreur. Ils possèdent peut-être des parcelles de vérité, des rudiments de l’Esprit-Saint, dans la mesure où ils rejoignent ce que le christianisme enseigne. Mais s’ils ne se convertissent pas à notre propre religion, ils ne connaîtront jamais la vérité toute entière, celle qui a sa source en Dieu et que nous communique l’Esprit-Saint. Si nous les aimons en vérité, comme le Christ nous le commande, nous avons le devoir de les inviter à se convertir à notre propre religion. Ainsi pensent certains chrétiens : ils croient que l’Esprit Saint les pousse à être témoins de Jésus-Christ en tentant de convertir le monde.

La vérité en islam

Et voici que depuis plusieurs années, une autre religion monothéiste, l’islam s’implante dans notre pays. Pour les musulmans, leur religion est la seule véridique. Mahomet est le dernier des prophètes, après lui il n’y en aura pas d’autres. Il est l’achèvement de la révélation. Il a accès à la vérité qui est écrite dans un livre au ciel ; cette vérité est immuable. Tout ce qui n’est pas écrit dans le Coran est faux ou bien ne contient que des parcelles de vérité. Ainsi les chrétiens qui croient que Dieu est Père sont dans l’erreur ; ils le sont aussi en prétendant que Jésus est mort en croix. « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent », dit le Coran. Au nom de cette injonction, certains musulmans cherchent à tout prix à convertir le monde, en particulier les chrétiens. Ils possèdent la vérité et désirent que nous la possédions.

Effet de miroir ! Effet salutaire ! En effet, s’il vous est arrivé de vous trouver devant un musulman qui cherche à tout prix à vous convertir à sa propre religion, vous ressentez dans votre propre chair ce que cette attitude peut avoir d’insupportable. Vous pouvez alors entrevoir que le comportement des chrétiens - qui cherchent à convertir les autres au nom de la vérité de leur religion – les pousse non à se convertir mais à se braquer ou à s’enfuir.

L’esprit de fraternité entre musulmans et chrétiens

La foi chrétienne fournit-elle une clef pour vivre ensemble entre musulmans et chrétiens sans renier sa propre foi, sans pour autant chercher à convertir les autres ou à les exclure du paysage religieux ? Tel est bien le défi auquel les croyants sont acculés à répondre aujourd’hui dans notre pays.

« Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière. En effet, ce qu’il aura entendu ne viendra pas de lui-même… » L’Esprit de vérité n’est pas sans l’Autre. Il a sa source en l’Autre. De même que le Père n’est pas sans le Fils, le Père et le Fils ne sont pas sans l’Esprit. La vérité toute entière du Dieu auquel nous croyons est « Jamais en quoi que ce soit l’Un sans l’Autre ! » Dieu est Relation, Communication des uns aux autres. L’Esprit qui nous est donné nous pousse à inscrire cette vie reçue de Dieu dans l’humanité entière. Il nous pousse à sortir de nos pays et de nos religions lorsque leurs frontières deviennent des murs infranchissables. Inscrire la vérité de l’Esprit dans le monde – son travail - c’est recevoir la force même de Dieu pour ne jamais nous résigner à vivre les uns sans les autres. Ce n’est pas chercher à ce que les autres deviennent comme nous. C’est rejoindre tout autre en ce qu’il a de vraiment autre que nous, autrement dit en ce qu’il a d’unique au monde. L’Esprit ne pousse les chrétiens ni à aimer l’islam ni à l’exclure du paysage. Il nous pousse à aimer Fatima, Saad, Leïla et Farid dans ce qu’ils ont d’unique au monde, à respecter leur langue maternelle, leur culture et leur religion. L’Esprit nous pousse à faire la vérité entre nous, à découvrir en tout autre un frère qui aspire lui aussi à vivre dans la fraternité avec nous.

Un prêtre catholique et un ancien militant du FLN se rencontrent. Une amitié se noue. « Maintenant que nous sommes libres l’un devant l’autre, dit le musulman, nous pourrions créer une association islamo-chrétienne. » « Libre l’un devant l’autre ? Qu’est-ce à dire ? », demande le chrétien. « Libre signifie que tu ne cherches pas à me convertir et que tu sais que je ne cherche pas à le faire non plus pour toi ! » Ce prêtre et ce musulman vivent dans la Liberté de l’Esprit et ce même esprit de respect mutuel et de fraternité passe dans l’association qu’ils ont crée. Qu’il en soit ainsi entre chrétiens et musulmans afin que nous puissions vivre en vérité une Pentecôte en France aujourd’hui !

Christine Fontaine
Peinture de Lou Luneau

L’Esprit de vérité

Qu’est-ce que la vérité ?

Une société, en général, est fascinée par les grands procès : l’actualité judiciaire fait la une de tous les journaux. L’intérêt est éveillé lorsqu’une affaire qu’on croyait réglée réapparaît. Tel accusé, avait été reconnu coupable et condamné ; un témoin se manifeste, le procès est à reprendre. La parole va circuler entre le procureur et le Défenseur (l’avocat), entre le témoin et les jurés. De cet échange de propos on espère bien que jaillira la vérité. Qu’est-ce que la vérité ? demandait Pilate lors du procès de Jésus. Il semble bien qu’en matière judiciaire la vérité est ce qui sauve une société. La vérité est faite lorsque la société est préservée de ce qui la menace soit parce que son ennemi est mis à l’écart, soit parce que l’accusé n’est pas un ennemi et qu’il peut, sans risque pour personne, tenir sa place parmi ses concitoyens. C’est peut-être parce qu’il s’agit de sa propre survie, de son salut, que la société a les yeux spontanément fixés sur les grandes affaires en cours.

C’est avec le vocabulaire juridique des juges et des tribunaux que Jésus, peu avant son propre procès, parle de l’Esprit-Saint : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage… ».

Le monde est en procès

« Défenseur », c’est-à-dire avocat ; « témoignage » : les mots sont clairs. Nous sommes pris dans un immense procès dont on ignorerait l’issue si nous n’accordions pas de crédit à la parole de Jésus : « Il viendra, lui l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière » Nous n’avons pas de mal à constater les menaces qui rongent nos sociétés. Et si la vérité, telle que l’Evangile la conçoit, réside dans la paix et la concorde des citoyens, on peut s’interroger. L’individu est roi ; chacun, chaque catégorie sociale revendique ses propres intérêts sans guère se soucier de l’ensemble. Nous sortons d’une longue période de préparation électorale. Quelle tristesse de constater, à travers les propos et les promesses des candidats, que l’équilibre de notre société est une affaire d’argent : que de chiffres et de calculs pour convaincre ! L’argent a pris la place de la parole. Si la parole qui procède du Père est inséparable de l’Esprit, s’il faut appeler Esprit la force qui conduit à la vérité, c’est-à-dire à la cohésion et à la concorde entre les sujets, il faut reconnaître que nous sommes en plein mensonge. Si le monde est en procès, s’il faut faire la vérité pour écarter les menaces et sauver l’humanité, il convient de témoigner contre les forces de l’argent qui sont forces de mort. Croyons-nous à la parole du Christ ? Croyons-nous que la parole vient de Dieu, qu’elle est apparue en Jésus ? Croyons-nous que la force de l’Esprit est nouée aux paroles qui font des frères ? Croyons-nous qu’en parlant dans le sillage de Jésus, dans l’esprit de Pentecôte, nous avons à rendre témoignage à la vérité ? Si oui nous devons résister aux forces du mensonge.

Témoins de vérité

La Pentecôte est le jour où l’Esprit fait naître l’Eglise. Avec la Pentecôte la promesse de Jésus s’accomplit : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière ». On voit, la première lecture du jour l’a rappelé, comment l’Esprit travaille. « Ils se rassemblèrent tous ! » Quand des hommes se rassemblent l’Esprit est à l’œuvre et la vérité se fait. Les foules émerveillées disaient : « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? » Ces propos font rêver. Qui pourra trouver le langage qui fait entendre les promesses de l’Evangile ? N’accablons pas les responsables de l’Eglise. L’Esprit de vérité n’est pas réservé au Pape ou aux évêques. Il est donné à tous les baptisés ; c’est à nous tous qu’il est demandé d’apporter notre témoignage, de trouver les gestes et les paroles qui relèvent ceux qui se croient condamnés. Soyons les témoins de la vérité.

Fut un temps où la parole de l’Eglise, dans notre pays du moins, était acceptée par tous. Elle ne fait plus autorité dans nos sociétés sécularisées. Ce n’est pas une raison pour se taire. Pour en revenir à la campagne électorale dont nous sortons, il faut affirmer que tous les discours qui fustigeaient l’étranger et dénonçaient l’immigration ne pouvaient pas être considérés comme des discours portés par l’Esprit. S’il est vrai que l’humanité est en procès, s’il est vrai que l’Esprit est l’avocat qui est envoyé pour nous arracher au mal et faire advenir un monde fraternel, on ne peut pas mépriser ni écarter l’étranger : l’Esprit plaide en sa faveur. La vérité nous conduit à entendre les attentes venues de partout. A Jérusalem, au jour de la Pentecôte, toutes les nations sont embrassées dans le même Esprit et touchés par la même parole. « Tout ce qui appartient au Père est à moi ». Toute l’humanité appartient au Père et c’est l’humanité tout entière qu’il faut arracher aux menaces et aux exclusions.

Michel Jondot
Peinture de Lou Luneau