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7ème dimanche de Pâques

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
17, 20-26

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : " Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfait  ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant même la création du monde. Père juste, le monde ne t'a pas connu, mais moi je t'ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. »

Nouvelle homélie : Une hospitalité universelle
Christine Fontaine

« Quelle universalité ? »
Michel Jondot

Qu'ils soient un
Christine Fontaine


Une hospitalité universelle

Manger entre soi

« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi : Que tous, ils soient un… »
A l’heure où Jésus prie, les apôtres ne connaissent pas encore ceux qui accueilleront leur parole. Ils vivent dans l’unité telle que la pratique les juifs. Dieu a choisi ce peuple parmi tous les autres, il lui a donné des lois et des commandements. Cette manière de vivre, donnée par Dieu, règle tous les détails de l’existence depuis la naissance jusqu’à la mort. Elle opère l’unité du peuple en marquant ce qui le distingue de tous les autres. Depuis la circoncision jusqu’à l‘interdiction de consommer certains aliments en passant par le lavage des coupes, toute la vie de tous les juifs est réglée. Un juif ne mange pas n’importe quoi ni avec n’importe qui ! Ceux qui seront réunis le jour de la Pentecôte à Jérusalem se soumettent à cette loi qu’ils soient « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte » ou de toute autre partie du monde.

Certes Jésus a dénoncé l’attitude de certains pharisiens qui se contentent de laver l’extérieur de la coupe alors que leur cœur est loin de Dieu. Mais il n’a pas pour autant, de son vivant, remis en cause les règles de vie du judaïsme. L’unité pour laquelle Jésus prie a toujours été vécue, par lui comme par ses apôtres, comme la soumission à des comportements distinguant les juifs des autres. On ne voit nulle part, dans l’évangile, Jésus prendre un repas avec des païens.

Manger avec tous

« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi : Que tous soient un (…) Que leur unité soit parfaite… »
Après la Pentecôte, non seulement des juifs mais aussi bien d’autres, accueillent la parole des apôtres et croient qu’en Jésus se révèle l’Amour du Père des cieux. Pierre et les autres ne peuvent pas envisager d’autre manière de vivre dans l’unité que celle qu’ils ont toujours connue. Ils entreprennent de vouloir circoncire les païens. Ils veulent convertir les autres à leur propre mode de vie. Il est concevable pour eux, que grâce à Jésus, le peuple juif s’agrandisse. Mais il est inimaginable que l’unité du peuple ne passe pas par l’obéissance commune aux lois données par Dieu.

Au début des Actes des Apôtres, on nous raconte que Pierre eut faim. « Pendant les préparatifs, il lui vint une extase : une grande nappe avec dedans tous les quadrupèdes et reptiles de la terre et les oiseux du ciel. Et le Seigneur lui dit : ‘Debout ! Pierre, tue et mange. » Alors Pierre résiste de toutes ses forces car, dit-il, il n’a « jamais rien mangé de souillé et d’impur » (Actes 10,9-16). C’est en contraignant Pierre à transgresser les règles alimentaires des juifs, que l’unité pour laquelle Jésus priait va se réaliser ! Désormais il ne s’agit plus de convertir les autres à son propre mode de vie -fut-il donné par Dieu – il s’agit de manger à la table des impurs, de les rejoindre dans leurs modes de vie.

Prendre un repas avec quelqu’un est hautement symbolique. Les autres disciples se scandaliseront du comportement de Pierre : « Quoi ? Tu es entré chez des hommes à prépuce, et tu as mangé avec eux ! » (Actes 11,3). Étrangement, ce n’est pas le fait que Pierre ait baptisé des païens, mais bien le fait qu’il ait partagé la nourriture avec eux qui les trouble profondément.

L’hospitalité, la loi nouvelle

« Que leur unité soit parfaite ; ainsi le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »
L’unité des apôtres n’étaient pas parfaite tant qu’ils n’ont pas consenti à faire passer l’hospitalité à l’égard des étrangers au-dessus de toute autre loi. Désormais c’est à l’hospitalité qu’ils pratiqueront qu’on reconnaîtra les disciples du Christ. L’unité est parfaite quand elle tend vers un amour universel ! Cet amour se manifeste concrètement quand nous acceptons d’ouvrir notre table à chacun, quelle que soit sa culture ou son histoire. Il se manifeste quand nous nous laissons inviter à la table de ceux qui n’ont rien de commun avec nous. Il s’incarne dans notre capacité à vivre en convivialité, non pas entre nous, mais avec l’ensemble des hommes.

Jésus ne prie pas pour que nous arrivions à convertir les autres à nos meurs et à notre morale. Il prie pour que, comme lui, nous accueillions tout autre gratuitement, sans rien lui demander en retour. Il a lui-même mangé à la table des pécheurs que nous sommes. Il prie pour que notre amour s’universalise toujours davantage. Puisse sa prière être exaucée ! Puissions-nous consentir à incarner son désir d’unité !

Christine Fontaine


« Quelle universalité ? »

L’universel est confié à chacun
et donc à nous aussi les catholiques
comme un service, un ministère,
et non pas comme une excellence, un pouvoir,
comme la responsabilité d’une Alliance
qui, du fait de la Création,
court dans l’humanité tout entière.

Guy Lafon

A l’heure de la mondialisation

Qu’on aille d’un bout du monde à l’autre, on est sûr de trouver du Coca-Cola pour se désaltérer ou de trouver un Mac-Do pour se restaurer. On entendra partout les mêmes chansons et on rencontrera toujours quelqu’un susceptible de parler anglais. On trouvera aussi les moyens de communiquer avec le reste de la planète : Télévision, téléphone et internet sont à peu près partout à la disposition de tous. Les multinationales étendent leur emprise sur l‘univers. Aujourd’hui les capitaux se déplacent librement d’un continent à un autre et avec eux une certaine vision du monde. Tous les pays, à en croire l’Occident européen ou l’extrême Occident américain, sont appelés à respecter la démocratie et à s’incliner devant la Déclaration des Droits de l’Homme, en particulier ceux qui concernent la liberté.

Cette manière de vivre, aux yeux de certains, a quelque chose de religieux. Lorsqu’ils déclarèrent la guerre à l’Irak de Saddam Hussein, les Etats-Unis prétendaient appeler la croisade des « Droits de l’homme ». Cette manière de voir concordait bien avec la conscience qu’ils avaient d’eux-mêmes. En 1956, le Congrès américain avait adopté une nouvelle devise : « in God we trust » (« Nous croyons en Dieu »). Sans doute conscients que l’argent est ce qui fait vivre l’humanité, ils apposèrent cette devise sur toutes les pièces de monnaie et sur les billets de banque. Serait-ce une façon de dire que l’argent est Dieu ?

Il est intéressant de remarquer que cette devise prenait la place d’une autre : « E pluribus unum. » Autrement dit, la foi en Dieu conduit à transformer « la pluralité en unité ». A en croire l’Evangile, ces deux mots d’ordre sont assez proches l’un de l’autre. La « mondialisation » que nous connaissons serait-elle le fruit de la prière de Jésus que nous entendons en ce dimanche : « Que tous soient un ! » ?

Le danger du monothéisme

Le christianisme se présente comme un monothéisme mais il faut prendre garde. Cette référence au Dieu unique n’est pas celle dont parlent Platon ou Aristote. Dieu était conçu, depuis les Grecs, comme la cause première de chaque chose et de chaque événement : la réalité suprême à laquelle est soumis tout ce qui existe. Il semble bien que, depuis l’existence des monothéismes, on ait eu tendance à faire de l’humanité dans son ensemble une image de ce dieu. Elle s’est donné des chefs sacrés à la volonté desquels il fallait se soumettre autant qu’un effet est soumis à une cause et former ainsi un ensemble bien uni. Le mot « hiérarchie », soit dit en parenthèse, traduit l’expression « chefs sacrés ». Tout système hiérarchique a quelque chose de monothéiste. On ne veut y voir « qu’une seule tête » (e pluribus unum !). Des philosophes contemporains ont su montrer que les régimes totalitaires sont le fruit de ce monothéisme-là.

« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Dieu de Jésus-Christ non des philosophes et des savants » : Pascal, ce grand chrétien, avait compris que l’Evangile ne nous conduit pas au monothéisme. Il n’a rien d’une cause première ce Père auquel s’adresse Jésus-Christ. Il n’est pas celui à qui il faut se soumettre ; il est l’Autre en qui il veut résider. S’il fait un avec lui ce n’est pas comme un effet ajusté à une cause mais comme deux amoureux qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre : « toi en moi. » Jésus nous révèle qui est Dieu. Il est celui qui s’efface devant l’autre. Aux premiers jours de la vie publique de Jésus, près du Jourdain où il rencontre le Baptiste, le Père s’efface devant lui : « En lui j’ai mis toute ma confiance. » Au cœur de sa mission, sur la montagne, Pierre a réentendu la même voix qui révélait en Jésus non une cause mais un appel : « Celui-ci est mon Fils ; écoutez-le. » Au terme de sa mission, Jésus sort de ce monde non pour le manipuler mais en s’inclinant devant ses amis à qui il transmet ce qui l’a animé, l’amour qui est la seule réalité digne d’être honorée : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée... pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Le Dieu de Jésus

Où est Dieu ? Il n’est pas en un point fixe comme le moteur immobile dont parle Aristote. On le trouve dans le mouvement. Jésus est « envoyé » et il retourne au Père. Ses amis sont envoyés : « Je veux que là où je suis ils soient eux aussi avec moi. » Là où je suis ? Qu’est-ce à dire ? Parle-t-il du ciel où il retournera à l’Ascension ? Il songe au contraire à ce monde cruel : « Je vous envoie comme des moutons parmi les loups. » Ses amis le retrouveront lorsqu’ils sortiront d’eux-mêmes et s’inclineront devant autrui comme lui-même s’était incliné devant eux en leur lavant les pieds.

Qui est Dieu ? Méfions-nous des mots. Certes, « Il est le Tout-Puissant » ; ce sont les mots du Credo. Mais sa puissance n’a rien à voir avec celle des grands généraux ni avec celle des gouvernants. Et encore moins avec l’habileté des grands financiers ! Elle s’est manifestée avec éclat au jour de la croix. Dépouillé de ses vêtements, il se dépouillait de lui-même devant le Père. Il s’inclinait devant le Père comme il s’était incliné devant ses amis. Le Fils leur confiait la tâche qui était la sienne et qui a fait sa gloire. Il s’inclinait devant eux en leur transmettant sa grandeur : « Vous ferez des choses plus grandes que les miennes. » Ce qui reste à vivre est toujours plus grand que ce qui déjà a été vécu.

« Père qu’ils soient un comme nous sommes un ! » Forte de cette prière l’Eglise catholique affirme qu’une tâche universelle lui est confiée. Ne croyons pas que cette universalité ressemble à la globalisation que nous vivons. L’universalité nous protège de toutes les clôtures. Le monde tel qu’il est serait-il achevé dans son unité que notre désir aurait encore à dépasser les limites qui le définiraient. En aimant ce monde et ceux qui le peuplent, nous aurions à nous tourner vers l’Autre de ce monde : en chaque rencontre humaine nous le rencontrons. Ce que nous appelons « universel » est une réalité dont il convient de se laisser envahir. Elle nous tourne vers une unité qui ne sera jamais atteinte et qui habite nos désirs.

Michel Jondot

Qu'ils soient un

L'un sans l'autre

Un jour, dans les premiers temps de l'humanité,
tous les hommes habitant sur terre décidèrent de s'unir.
L'événement est tel dans l'histoire humaine
que la Bible ne peut omettre de le souligner !
Ainsi, il y eut un jour où tous, des plus petits aux plus grands,
hommes, femmes, enfants et vieillards se mirent d'accord sur un même projet :
ils décidèrent de construire une ville, une tour dont les fondations seraient
sur la terre et dont le sommet irait jusqu'au ciel.
L'humanité entière fut d'accord pour construire la tour de Babel.

« Le Seigneur descendit pour voir la ville
et la tour que les hommes avaient bâties.
Et le Seigneur dit : « ils sont un seul peuple, ils ont tous le même langage,
rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu'ils décideront.
Eh bien ! Descendons, embrouillons leur langage :
qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres. » (Gen 11)

« Qu'ils soient un » dit Jésus dans cet Evangile.
Ils étaient un, ils étaient unis,
ils se comprenaient et avaient fait oeuvre commune
lorsque Dieu mit de la confusion entre les hommes.
Il brisa leur unité, les dispersa par toute la terre,
les rendit étrangers les uns aux autres.
Dieu embrouilla le langage des habitants de la terre (Gen 11) ;
Il embrouille tout entre les hommes.
Les hommes faisaient l'unité et Dieu créa la discorde !

L'Autre

« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi.
Qu'ils soient un en nous » demande Jésus à son Père.

Dans les premiers temps de l'humanité tous s'étaient mis d'accord entre eux
et il ne pouvait arriver malheur plus grand
au point que Dieu intervientpour briser leur unité.
Tous s'étaient mis d'accord pour construire un monde... sans Dieu !

Ils étaient un mais en oubliant le Tout Autre.
Ils étaient un sans l'Autre.

Alors Dieu se mêla des affaires des hommes.
En intervenant dans l'humanité il introduisit de la différence entre les hommes.
Les uns ne ressemblaient plus aux autres,
les uns ne parlaient plus la même langue que les autres,
les uns ne comprenaient plus les autres.
Ils étaient un.
Dieu intervint pour affirmer la place de l'Autre !

A partir de ce jour l'humanité ne put oublier qu'on ne peut être un sans l'Autre !
L'autre fait la guerre à l'un, l'autre oblige chacun à sortir de chez lui,
à s'ouvrir sur l'inconnu, à accueillir l'étranger.
L'autre accule chacun à reconnaître qu'il n'est pas Tout, qu'il n'est pas Dieu !
L'autre oblige chacun à se reconnaître pauvrement humain.

Les uns les autres

« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi.
Qu'ils soient un en nous, eux aussi,
pour que le monde croie que tu m'as envoyé ».

De même que le Père n'est pas le Fils et que le Fils n'est pas le Père,
de même Dieu créa de la différence dans l'humanité.
L'homme n'est pas la femme, le blanc n'est pas le noir,
mon voisin n'est pas le reflet de moi-même !

De même que le Père et le Fils ne font qu'Un dans l'amour,
de même les disciples du Christ sont appelés à être un en Dieu.
Ils sont appelés à accepter que ce Dieu en qui ils demeurent
les dépasse toujours.
Ils sont invités à accueillir l'Autre sans relâche.
Ils sont priés de sortir d'eux-mêmes,
de sortir du même pour rejoindre tout autre.

L'humanité, et chacun de nous sur la terre,
connaît toujours cette tentation de faire l'unité sans Dieu,
de se mettre d'accord pour abolir la différence, l'étranger, le marginal.
L'humanité n'aime pas qu'on la dérange !
Le monde n'a pas connu Dieu, il ne connaît pas Dieu !
Mais Jésus, avant de passer de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel
a prié pour que l'Amour nous pousse à sortir du semblable pour devenir Autre !

Christine Fontaine